PÉRIMÈTRE FANTÔME

 


CAPTURE

 

Je sélectionne des scènes de films de fiction dans lesquelles la porte et son seuil interviennent comme éléments narratifs, subjectifs et psychologiques prédominants. A partir de captures d'écran, j'exploite la dimension physique et symbolique que la porte et son seuil induisent dans chaque scène en les interprétant graphiquement. Par ailleurs, j'explore également le sentiment d'inquiétante étrangeté naissant entre les protagonistes; visibles ou non.


HORIZON(S) D'ATTENTE

A l'orée du XIXème siècle apparait la pratique diaristique avec laquelle l'auteur interroge sa propre intimité, son exposition de soi sous la forme d'un objet, en l'occurrence le journal intime. Il devient le support de prédilection pour une écriture de l'immédiateté et cumulative, de récits et de discours introspectifs personnels, singuliers et protéiformes. Ce journal intime traditionnel est palpable, individuel, manuscrit, caché envers autrui au profit d'une auto destination exclusive. Aujourd'hui, le journal intime traditionnel tel qu'il existe depuis le XIXème siècle est toujours d'actualité. Néanmoins, la pratique diaristique s'est parallèlement développée. En effet, au milieu des années 90 sur le Web anglophone (Etats-Unis et Canada) et depuis les années 2000 sur le Web francophone, l'internet a bouleversé les codes et les modalités d'expression et d'exposition de l'intimité. Ainsi, le journal intime en ligne est né.

 

Existe-t-il une filiation entre les deux types de journaux intimes ?

 

Au regard des mutations et dynamiques sociales et numériques, le journal intime en ligne complexifie l'usage et la destination même de la pratique diaristique traditionnelle. En effet, hormis l'évolution des dispositifs éditoriaux (Internet), son contenu rédactionnel est toujours basé sur l'immédiateté, le quotidien, des réflexions personnelles, des sentiments, des fragments de vie en somme…mais il est désormais ni auto destiné, ni caché. Bien au contraire, il est dorénavant visible et lisible par des lecteurs inconnus et anonymes. Par conséquent, une frontière floue et fluctuante évolue entre privé et public ; entre publicisation de l'espace prive et privatisation de l'espace public.

 

Avec la mise en ligne du journal intime sur le Web, il y a désormais un "avant" (contenu éditorial) et un "après" (publicisation, perspective communicationnelle). Un jeu d'oppositions s'installe entre le journal intime traditionnel et son alter ego en ligne.

-      Auto destination pour l'un | Destination a autrui pour l'autre

-      Dissimulation pour l'un | Publicisation pour l'autre

-      Subjectivité individuelle pour l'un | Intersubjectivité collective pour l'autre

Intimité et extimité cohabitent dans le journal intime en ligne.

 

A partir de récits d'auteur-e(s) anonymes que je glane sur Internet, je m'approprie ces sources de lecture inédites afin de les interpréter graphiquement. J'explore ainsi les notions d'intersubjectivité et de voyeurisme dans la lecture de journaux intimes anonymes. Parallèlement, je questionne la surexposition de l'intimité avec l'expression et l'exposition de soi dans un contexte d'atténuation des frontières entre public et privé. D'ailleurs, l'intimité n'est-elle pas une relation que l'on entretient avec soi-même mais aussi avec le monde ? L'une et l'autre étant complémentaire et indissociable.

 

N'est-ce pas une exploration profonde de la relation de soi à soi et de soi au monde, un reflet de la société en somme ?


COEXISTENCE DES CONTRAIRES

Encre de Chine, lavis, peinture aérosol, acrylique, papier, bois, dispositif sonore

1000 x 200 cm
2018

Fruit d'une déambulation pédestre et urbaine sur le territoire francilien, ce dispositif sonore est une expérience d'imprégnation sensible. Partant d'un point A (Aubervilliers en Seine-Saint-Denis) vers un point B (Paris) et sans discontinuité, j'ai intégralement enregistré ma déambulation entre ces deux villes dont la "Porte" de la Villette érige une frontière symbolique, sociale entre ces deux territoires. Elle distingue géographiquement et psychologiquement ces deux espaces urbains limitrophes et en affirme ainsi le point de rupture liminaire. Ce dispositif sonore matérialise des atmosphères et des sonorités urbaines dont les identités timbales ou rythmiques se définissent et se différencient au gré de la déambulation et de ses multiples générateurs (conversations, bruits de la circulation, bruits d'animaux, sonorités atmosphériques).


L'INCERTITUDE D'UN ENTRE-DEUX

Bois, Encre de Chine, toile translucide plastifiée

100 x 210 cm
2018


THESAURI

Vingt notices (photographique, texte, dispositif sonore | QR code)
21 x 29,7 cm
2017

Alors que l’internet des Objets s’introduit progressivement dans l’espace public comme dans l’espace privé et s’invite dans notre quotidien ; Quel est le devenir des objets tangibles, matériels considérés désormais comme désuets, ces anciens compagnons de vie dont nous nous débarrassons ? Ces mêmes objets avec lesquels nous entretenons des relations parfois complexes et avec lesquels nous tissons des liens affectifs souvent très forts. Doivent-ils rejoindre les collections d’une archéologie du présent ? A l’instar de la base Palissy dont l’objectif est de recenser le patrimoine mobilier français, 20 objets déposés dans la boite aux dons du Kiosque Citoyen Paris 12 ont été recensés et inventoriés sous la forme de notices d'inventaire. A l’image d’un cabinet de curiosités, l’hétérogénéité des objets présentés invite au dialogue, à la découverte, au voyage, à la curiosité, à l’incongrue, au bizarre, à l’esthétique, à l’insolite,… ; à un "résumé du monde" en somme selon les mots de l’historien Gilles Thibault.


FRONTIÈRE


DE L'AUTRE CÔTÉ


BORNE

Espaces temporairement privatifs implantés au cœur d'espaces publics ouverts (gares, stations de métro, magasins, centres commerciaux,…), je m'intéresse à ces non lieux désincarnés dont le franchissement du seuil délimite une parenthèse symbolique entre l'intime et le public. Néanmoins, le rideau une fois tiré n'est que partiellement occultant. Il annihile ainsi la nette séparation entre le privé et le public, entre le visible et le caché. Se cristallise alors une rupture dans l'approche interprétative. Ni dedans, ni dehors, mais dans un entre-deux.